12.09.2008
APRES LES OURAGANS, LE BLOCUS DOIT ETRE LEVE, PLUS QUE JAMAIS !
Cuba : l’embargo résiste aux ouragans
Ike a quitté Cuba. Et de mémoire de météorologues, jamais la Grande Île des Caraïbes n’avait eu à essuyer trois ouragans en moins de neuf jours. Les pertes humaines - quatre après le passage d’Ike - peuvent paraître dérisoires au regard du nombre de victimes chez son voisin haïtien. Mais pour Cuba, dont le dispositif d’évacuation et de sécurité contre les catastrophes naturelles est considéré comme une priorité hautement politique, ces décès ont consterné les habitants.
Hier matin, le pays s’est réveillé endolori en constatant l’ampleur des dégâts matériels. Gustav, le précédent ouragan, avait déjà emporté sur son passage près de 140 000 édifices dont 90 000 logements de particuliers et provoqué « des pertes de 3 milliards à 4 milliards de dollars », selon les autorités cubaines. Ike, qui a balayé l’île sur toute sa longueur, aurait causé des préjudices aussi importants. De nombreuses routes du pays sont encore coupées. Des centaines de postes et centrales électriques sont hors de fonctionnement. Et les pluies diluviennes qui se sont abattues sur la capitale pourraient bien alourdir les torts déjà subis, notamment dans les quartiers de la Vieille et du Centre Havane.
Autre sujet d’inquiétude : l’économie, déjà fragile, est aujourd’hui sinistrée. À commencer par l’agriculture, un secteur clé pour ce pays soumis à l’embargo depuis 1962 sur décision unilatérale des États-Unis. « Les cultures d’importance comme le café, le riz et la canne à sucre ont été ruinées », rapporte l’agence Prensa Latina. « Les industries sont aux arrêts, les centres de production avicole, porcine et de lait sont hors service (…). Les plantations de fruits et légumes et de graines ont disparu (…). La production de nickel, l’un des principaux chapitres de l’exportation cubaine, est paralysée. » Ou encore les plantations de tabac de la province de Pinar del Rio, qui ont été de moitié englouties par Gustav. Bref, les appels à sauver ce qui peut l’être encore se sont multipliés ces dernières heures.
Sans attendre un état des lieux définitifs, des ONG et associations vénézuéliennes sont à l’oeuvre pour collecter des dons en faveur d’Haïti et de Cuba. Idem en France, où les organisations de solidarité avec la Grande Île et le Secours populaire ont pris les devants. La Fédération internationale de la Croix-Rouge a pour sa part lancé, mardi, un appel de fonds de 5,8 millions d’euros « afin de soutenir les activités humanitaires engagées par la Croix-Rouge cubaine ». L’État cubain a reçu l’aide humanitaire de la Russie, de l’Espagne, du Venezuela, du Mexique et du Timor-Oriental. Autant dire que les nations ne se pressent pas aux portes de la Grande Île. En guerre avec La Havane, le département d’État américain a quant à lui indiqué qu’il remettrait à des ONG, dont on devine sans mal qu’elles répondent en tout point à la politique des États-Unis à l’encontre de Cuba, une somme de 100 000 dollars pour financer des opérations de secours. Le même département a une nouvelle fois conditionné une éventuelle aide à l’envoi d’une « équipe d’évaluation humanitaire pour inspecter les lieux affectés et évaluer de manière adéquate les dommages » causés. Depuis dimanche, La Havane objecte la levée du blocus afin d’acheter librement des denrées alimentaires et du matériel de secours. En vain. Le blocus, qui a pourtant déjà coûté plus de 89 milliards de dollars à l’économie, interdit aux autorités d’accéder aux marchés internationaux et aux crédits. La Grande Île est contrainte de payer ses importations avec un surcoût de 30 % à 50 % en raison de l’interdiction faites aux navires de mouiller dans les ports cubains, conséquence des lois états-uniennes Torricelli et Helms-Burton. Et selon le groupe de travail pour l’application des sanctions contre Cuba, tout Cubain résidant aux États-Unis et souhaitant envoyer de l’argent à l’un de ses proches sinistrés est assujetti à une amende de 250 000 dollars. Autrement dit, Cuba est doublement victime. On voit mal comment La Havane, ou tout autre pays d’ailleurs, pourrait redresser son économie avec de telles mesures coercitives. Espérons que l’Union européenne, pourtant si prompte à parler de droit humanitaire, sorte enfin de son mutisme.
Il y a trois ans, l’ouragan Katrina tuait 1 800 personnes lors de son passage en Louisiane. À l’époque, Cuba avait été le premier pays à réagir en proposant ses services aux États-Unis. Une offre sans chantage ni contrepartie face à l’urgence humanitaire.
Cathy Ceïbe - L'Humanité du 11/09/08
11:55 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : ouragans, blocus, cuba, solidarité, dons, ike


